Le Cannelé de Morphée
Longtemps, je me suis couchée tôt. Non. Enfin, si mais ce n’est pas le sujet. Et d’autres sont déjà passés par là et sans avoir la chance d’être sur une radio à l’écrit.
- Et quelle radio !
- Non. Quelle radio ?
Longtemps, perdre du temps (la pauvreté du langage ici présentée explique a contrario pourquoi certains textes sont lus pendant des siècles (Le papier. Tout est dans le papier)) a été l’une de mes plus grandes angoisses.
Une fois sortie des obligations inhérentes à un emploi stable, les heures de liberté étaient aussitôt employées à mes petits passe-temps : course, tissage, écriture, recherche effrénée de la boulangerie de mes rêves… Sans oublier le week-end ! Ô week-end, tu seras exploité dans ta moindre minute ou tu ne seras pas. L’idée du repos lors du congé de fin de semaine était une aberration pure et simple. Contre-nature ou du moins contre ma nature.
Or, comme évoqué ci-dessus, mon rythme de travail était intense, stressant et, peut-être, UN PEU désagréable parfois. L’idée de se reposer aurait donc pu… (dû ?) me traverser l’esprit. Gâchons la surprise sans ambages : il n’en était rien. L’idée de ne pas sortir de chez moi était…
- Improbable ?
- Vous n’y êtes pas.
- Inadmettable !
- Je vois des yeux qui s’exorbitent, on s’approche de l’idée mais…
- Insupportable ? INTOLÉRABLE ?!
Vous commencez à saisir le concept. Qu’importe les caprices de la météo. J’avais un devoir : sortir, “m’aérer” l’esprit, marcher des heures, comme pour prouver au monde que j’avais fait QUELQUE CHOSE, même si cela s’était résumé à errer dans la glorieuse ville qui m’accueille, les pieds trempés, gelés par une pluie mordante et retorse.
Ne pas m’extirper de ma demeure, c’était l’aveu d’une médiocrité sans fond ! Et encore… la médiocrité induit d’être seulement “moyen”. C’était de nullité qu’il était question ! J’étais une misérable, une moins que rien. Pas même capable de profiter du temps qui m’était imparti pour grandir, que ce soit intellectuellement ou physiquement. Rester chez moi, quoi que j’y fis, c’était me complaire dans la fange et engraisser telle une truie pour attendre une mort que je méritais rapidement vu que je gâchais ma piètre et piteuse vie.
Si cela peut paraître extrême, il faut imaginer que je n’en reniais pas un mot et que les idées relatées ici ne reflètent pas la volubilité des grands jours. Jusqu’à ne plus pouvoir mourir en rock star, par une journée venteuse et pluvieuse de novembre pendant laquelle j’étais purement et simplement épuisée par des “petits soucis de santé” que je détaillerai plus tard, je n’avais jamais accepté de rester chez moi tout un weekend en ne “faisant rien”. Ce qu’il faut traduire par “ne pas sortir de mon appartement pour aller marcher, ne serait-ce que quelques kilomètres”.
Quelques années plus tard, pour des raisons que nous n’évoquerons pas ici (mais la fatigue chronique et l’anxiété qui me tenaillaient quand il s’agissait du repos n’y sont sans doute pas pour rien), il se peut… que des termes comme “dépression sévère” ou “burn out” ont été évoqués me concernant. Etrangement, et concommitemment, à cette période, il m’était impossible d’éviter de dormir de nombreuses heures par jour. Pompon sur la Garonne, siestes ou pas, je me réveillais, comme le Hibou, à 3h chaque matin. Pour autant, si je ne parvenais pas à me rendormir à cause des angoisses qui occupaient de nombreuses ruminations, je ne réussissais pas non plus à me lever pour “faire quelque chose”. La culpabilité était totale : je ne parvenais plus à être productive : impossible de l’être pendant mes périodes d’éveil la nuit (un petit train de pensées parasites me ronger le neurone) et pendant la journée, je m’effondrai dès que ma tête passée l’horizontale.
J’avais écrit une conclusion différente. Mais nous sommes en juillet 2026 et elle ne semble plus aussi valable donc vu que j’ai entamé le changement de look de Radio Pomponcinelle, autant mettre à jour les vieux pavés dans la foulée. Je ne sais toujours pas si sous les pavés on trouve la plage ou pas alors je creuse.
Le bon côté de l’angoisse. Jamais loin, toujours prête à tenir compagnie quand le stress remonte ou que la fatigue s’accumule. Une vraie pote.
Quand j’ai vu le Psydoc, pour notre rendez-vous trimestriel, il y a une semaine, c’était la fatigue, l’angoisse et des risques liés à Mercure qui est dans sa troisième (Je se moque ? Oui. Je n’ai pas prévu d’expliquer.). On fait le point sur la situation. Des aspects positifs, d’autres négatifs. On décide d’adapter le cocktail. Il me prévient des effets potentiels. On sait où on va et pourquoi on le fait. Il propose de m’arrêter le temps du switch. Ca ne me semble pas nécessaire, les choses ne sont pas faciles au boulot mais relativement stables. Le stress est là mais on va être ensemble pour bosser au calme car tout le monde sera en vacances. GO.
Je dors à chaque fois que je pause la tête sur un oreille. Puis je ne dors plus. Des heures avant de trouver le sommeil et quand je passe enfin la porte… Une nouvelle journée commence. Miroir déformant de périodes indéfinies et enchevêtrées qui ont pour fil conducteur les craintes de la vie éveillée. Les blessures, les querelles, les abandons, les douleurs et dégouts dans un panoptique onirique et interminable. Seul le réveil, sonnerie malvenue vient interrompre le sommeil de plomb au matin. Trop tôt et pourtant si tard par rapport à mes habitudes. La machoire serrée et l’esprit embrumé, je suis perdue à moi-même. L’aurore est mon domaine, que fais-je dans ce brouillard ? Où suis-je si je ne suis pas aux avant-postes de mon esprit ?